" Mais Sid, s'étonne la reporter, Iggy est toujours vivant et il a plus de trente ans !" Sid n'entend déjà plus rien, il est tombé dans un coma de junkie. Pour Johnny Rotten, la coupe déborde. Personne ne lui parle. Son humour sarcastique glisse sur les américains comme sur les plumes d'un canard sauvage et voilà son ex-ami Sid Vicious en train de lui voler la vedette des shows. Claquemuré dans sa chambre, Rotten redevient Lydon. Il se retire mentalement du groupe. Et la tournée continue. A Baton Rouge, Sid fait l'amour sur scène avec une punkette blonde qui répond au doux surnom d'Helen Killer... Partout désormais, le bassiste des Pistols se promène avec un grand coutelas. A Dallas il monte sur scène torse-nu. Il s'est écrit au marqueur un message sur le torse, au milieu des cicatrices : " GIMME A FIX " (" Je veux mon shoot "). désormais, le spectacle tourne autour de Sid. Qui finit le concert avec trois cordes de basse cassées, mais toutes les caméras et tous les spectateurs à ses pieds. Puis, ils atteignent San Francisco pour ce qui sera l'ultime concert des Pistols. Sid est out of control. Les roadies se relayentautour de lui pour l'empecher de se tuer avant le dernier concert de la tournée. En arrivant à San Francisco, ils apprennent que la tournée Finlandaise, prévue après celle des Etats-Unis, est annulée. Warner voudrait que les Pistols jouent au Madison Square Garden. Malcolm : " D'accord, à un dollar la place." Refus de Warner. Idée de Malcolm : " Partons à Rio voir Ronald Biggs, le héros de l'attaque du train postal." Pendant ce temps, Rotten donne une interview une radio locale et martelle " Je n'ai rien à foutre du rock, je ne sais pas ce que je fous ici, je veux tout détruire." Le soir du 14 janvier, les Pistols jouent pour la première fois de leur existence devant 5.000 personnes, au Winterland. Le disque pirate de ce concert montre le groupe fragilisé, fatigué, rompu, fracassé : " Je suis un avortement " glapit Rotten. " No Fun " est la conclusion évidente, alors que Rotten semble réaliser que le message nihiliste des Stooges deviendra du coup l'épitaphe des Sex Pistols. Dans les coulisses, alors que Sid demande à la cantonade : " Qui veut baiser avec moi ? ", Rotten tente de rallier Cook et Jones. A eux tous, ils peuvent virer Malcolm. Annuler l'idiot voyage à Rio... Retour à l'hotel. Face au manager, la discussion s'envenime. Malcolm est cinglant : " John, tu es devenu un vrai petit Rod Stewart, ma parole ! Vas chercher ta coke ailleurs, sors d'ici ! " Rotten s'en va... à l'aéroport. Il prend un avion por New York avec 30 dollars en poche. Le matin du 17 janvier, le grand espoir des Sex Pistols, les " Rolling Stones des années 80 ", est bel et bien mort. Sid Vicious, lui rejoint Los Angeles ou il manque mourir d'overdose. Lui aussi part à New York, mais il tombe dans un coma drogué dans l'avion après s'etre injecté de la méthadone et avoir avalé six valiums. Dès l'atterrissage, il est hospitalisé au Jamaica Hospital. Bloqué trois jours seul à la clinique par une tempete de neige, Sid appelle un reporter du New York Rocker au secours : " Je veux des comics books ! " Puis il médite sur la fin des Pistols : " Steve et Paul essaierontde faire un autre groupe. Ils se planteront. Johnny est fini, foutu. Moi, je suis content que ce soit terminé, j'étais le seul à mettre un peu d'énergie dans le groupe ! " Fin janvier, tout le monde rentre en Angleterre. Rotten redevient Lydon, Sid Vicious et lui donnent assez d'interviews pour confirmer la mort des Pistols. Pendant que Malcolm tente de sauver l'idée du film, Lydon engage des avocats contre son ancien mentor. Commence un interminable imbroglio judiciaire. Malcolm ? Privé de Rotten, il fait appel à Sid Vicious qui le déteste désormais et n'acceptera pas de venir à Paris chanter " My Way " à l'Olympia qu'à condition que Malcolm lui signe un papier sur lequel il a écrit " Malcolm McLaren n'est plus mon manager. " Malcolm signe et Sid enregistre " My Way ". Une version fameuse, exemple de déjante catastrophiste, dernière turgescence punk avant le nettoyage new wave. Désormais Sid et Nancy flottent dans un coma semi-pe^rpétuel. Rétamés à l'héro depuis un an, ils glissent dans une hébétude permanente, hantent les clubs, achètent leurs doses, s'enfoncent dans une torpeur d'ou ils sortent pour des bagarres de chiffoniers. Le couple décide de s'expatrier à New York. Ils s'installent à l'hotel Chelsea, refuge des bohémiens et autres laissés pour compte du reve américain. Le couple a pourtant de grands projets. Ils vont arreter la drogue, se marier, Sid va faire un disque, Nancy managera sa carrière. Mais si Londres était dur, New York est terrifiant de brutalité. Sid se fait attaquer dans la rue, il se fait braquer dans le Lower East Side, puis à la sortie du CBGB. Pourtant, il trouve le moyen de donner un concert au Max's Kansas City, accompagné par un noyau dur de Heartbreakers augmenté du Clash Mick Jones à la guitare. Un disque en sortira : On entend Sid trébucher comme un somnanbule au long de reprises punks et de standards rockabilly. Pour l'industrie du disque, Sid Vicious est un peu le Johnny Thunders anglais : un artiste à ne pas toucher. Le cauchemar s'amplifie lorsque Nancy décide d'aller présenter " son fiancé " à ses parents à Philadelphie. Délabré, mal remis de ses trois overdoses, Sid pille la pharmacie familiale. Ses conversations avec Nancy face à la famille éberluée tournent autour de la mort, du suicide. Le 11 octobre, Sid passe au bureau de Virgin et recoit une avance en cash... 1500 dollars ! Dès son retour au Chelsea, Nancy convoque les dealers. Des Portoricains amènent de l'héroine à quatre heure du matin. La suite ne sera jamais claire. Quand Sid sort de son coma poudreux à l'aube, il découvre Nancy morte. Sous le lavabo de la salle de bains. En soutien-gorge et en slip noir. Elle baigne dans une marre de sang.